À PIERRE DEBAUCHE…

Pierre Debauche | TDB CDN

À PIERRE DEBAUCHE…

En mai 2014, nous avions l’honneur et le plaisir d’avoir Pierre Debauche comme parrain du festival "Théâtre en mai". En mémoire de cette figure incontournable du paysage théâtral français, nous vous proposons de revoir sa Conversation avec le public et de relire l’édito de l’époque signé Benoît Lambert et Emmanuel Vérité.
 
« Pierre Debauche, pas une journée sans penser à lui ». On peut lire cette phrase d’Antoine Vitez dans ses Écrits sur le Théâtre. Mais c’est une phrase qui vaut pour nous, aussi bien : oui, Pierre Debauche, pas une journée sans penser à lui.
Acteur, metteur en scène, linguiste et poète, pionnier de la décentralisation en banlieue - c’est lui qui fonda en 1965 le Théâtre des Amandiers à Nanterre - Pierre Debauche est une figure fondatrice de notre paysage théâtral. C’est aussi un immense professeur qui a profondément renouvelé l’enseignement du théâtre en France, notamment au Conservatoire supérieur d’art dramatique où il enseigna dix ans, entre 1971 et 1981.
Nous, nous avons été les élèves de Debauche une décennie plus tard, à l’école de la rue Saint-Bernard à Paris, école qu’il avait créée au tout début des années 1990. Nous l’avons ensuite suivi à Agen, lorsqu’il y a fondé le Théâtre du Jour en 1994. Et ce que nous savons du théâtre, ce que nous nous efforçons à notre tour de transmettre à d’autres, qui sont aujourd’hui « nos » élèves comme nous avons été les siens, c’est à lui que nous le devons.
Oui, nous sommes « debauchiens » (sans jeu de mot, quoique… Nous ne détestons pas les acteurs un peu cabots…).
Il serait vain de prétendre résumer en quelques phrases l’enseignement de Pierre Debauche. Il vaut mieux pour cela lire Les Sensations Insolentes qu’il publia en 2001. Ces « vingt-six poèmes pour les acteurs » sont comme un précipité, au sens chimique du terme, d’une pensée et d’une vie consacrées au théâtre.
Quant à nous, la fréquentation de ce pédagogue libertaire et émancipateur nous laisse plusieurs énoncés essentiels, suffisants pour occuper une vie entière. Debauche nous a répété sans relâche que le théâtre était une idée neuve en France et que toutes les formes étaient libres.
Il nous a permis de comprendre qu’une aventure théâtrale était indissociablement poétique et politique. Il nous a montré la possibilité des chemins de traverse et des voies inexplorées. Il a continué à nous dire, contre vents et marées, qu’autre chose était possible, que nous n'étions condamnés à rien. Et à le dire en riant. Un enseignement d’amour et de générosité, non d’imposition. Pouvions-nous espérer mieux ?
Cette année, par un heureux hasard des calendriers, la 25e édition de "Théâtre en mai" coïncide avec les 20 ans du Théâtre du Jour d’Agen : une occasion rêvée de fêter comme il le mérite ce maître libérateur qu’est Pierre Debauche, parrain tout désigné pour la nouvelle édition du festival. Un festival qui, aujourd’hui, voudrait lui ressembler : insolent, curieux, rageur, provocateur, enthousiaste, insurgé, joyeux, lumineux, amoureux. Profondément libre.
Benoît Lambert et Emmanuel Vérité, (avril 2014)