CAROLINE : Non.
A quoi rêvent les jeunes filles (et les jeunes gens) aujourd’hui ? Comment organisent-ils leurs liens ? Qui a le plus à offrir : un chômeur, un salarié ou bien un fonctionnaire? Qu’est-ce qui est le plus attractif : le romantisme amoureux, la sécurité matérielle ou l’illusion d’une célébrité éphémère? Il n’est pas question ici d’idylle, du confort d’un bonheur privé : l’union est un attelage stratégique, pour conquérir ou confirmer une position sociale. Les couples réussissent lorsque l’alliance leur garantit des entrées et des appuis complémentaires. La fête convoque tous les milieux sociaux autour de l’évasion comme des jeux de la séduction. C’est un lieu qui brasse de l’argent et du rêve, où il s’agit d’oublier son quotidien, de conquérir et de consommer, de «délirer». Nuit Blanche ou Fête de la Musique? Discothèque, casino, bar à karaoké?
Ma génération, c’est bien connu, est très méfiante et s’imagine être sans illusions. Dans tous les cas, elle en a considérablement moins que celle qui nous a conduits vers des temps meilleurs. Nous sommes dans l’heureuse position qui nous permet de croire qu’on peut vivre sans illusions. Et cela pourrait être notre unique illusion. Je ne verse pas de larmes sur l’ancienne Autriche-Hongrie. Ce qui est vermoulu doit s’effondrer et si moi-même j’étais vermoulu, je m’effondrerais et je crois que je ne verserais aucune larme.
Né en 1901, de père diplomate, à Fiume, ville alors hongroise, Ödön von Horváth suit ses études à Budapest et Vienne avant de choisir l’Allemagne comme pays d’adoption. Ses écrits et ses pièces, comme Légendes de la forêt viennoise ou Casimir et Caroline, l’engagent contre le fascisme. Il reçoit en 1931 le Prix Kleist, mais est obligé de s’exiler en 1933 en Autriche, où il écrit notamment Figaro divorce (1937), et puis de nouveau en France, où il meurt en 1938, foudroyé par un orage sur les Champs-Élysées.



