Oui, l’art peut être simplement
cela : un moyen de passer une porte.
Jérôme Thomas
Flirtant avec le grotesque, enfermés, empêchés, deux experts
manipulateurs d’objets et de matériaux font exploser les corps obéissants. Explorateurs de techniques improbables venues du cirque,
du mime, de la danse, cernés par un escadron de machines musicales,
jonglant avec une simple feuille de papier, ils font feu de tout bois pour,
enfin, s’évader par l’imaginaire.
Comment faire rêver avec une simple
feuille de papier 21x29,7 ?
Un jour de 1986, Jérôme Thomas joue pour les détenus de Fleury-Mérogis.
De cette première rencontre avec le milieu carcéral, il reste marqué
par le parcours de mise en condition : les sas, les couloirs, les clés,
les portes verrouillées se refermant derrière l’acteur. Sans technique, sans scène,
il se sent comme le détenu, face à sa condition. Pendant la représentation,
il ne cesse de se demander pourquoi les détenus rentrent et sortent
de la salle de spectacle dans un va-et-vient très déstabilisant.
La prestation ne leur plait-elle pas ? Curieux ? Pas curieux ? Utile ? Inutile ?
Réponse, surprenante, du gardien : ici, il est rare que des portes restent ouvertes.
Les détenus passent la porte pour le plaisir,
pour la « sensation » de passer une porte ouverte.
Au début, avec Markus, nous avons beaucoup travaillé sur la prison.
Nous avions sans doute besoin d’aller là, au cœur de l’enfermement,
pour nous interroger sur les enfermements que chacun d’entre nous subit et
produit chaque jour. Sans doute aussi pour trouver
comment parler de l’évasion possible.


