TDB

Projet

Ensemble

Un PROJET pour le Théâtre Dijon Bourgogne (2007-2012)
François Chattot

projet Ensemble 2007-2009 Biographie de François Chattot
Ensemble 2010-2012 2010-2012

« Pourquoi ce monde est-il si beau ? »

Georg Büchner, Woyzek

N’oublier personne

Ce projet raconte, tel le funambule, comment avancer sur le fil d’une pensée qui ne veut oublier ni la beauté ni le malheur du monde.

La vie naît dans la violence : comment vivre ensemble avec elle ? Nous nous opposons les uns aux autres : c’est une dimension de l’existence. Comment faire communauté ?

Athènes a inventé le théâtre en même temps que la démocratie. Si la démocratie était accomplie, il n’y aurait plus besoin de théâtre.

Sur cette blessure à vif, le théâtre dépose en chantant de l’acide et non du baume. Il remet entre les mains de l’homme l’épopée de sa blessure et celle de tout son peuple. Le théâtre lui redonne la force de son espoir, sans l’aveugler d’aucune illusion.

« Les acteurs doivent danser sur le malheur ». Et du fond du malheur, la figure tragique rit de sa propre douleur. Le clown trébuche en entrant sur la piste... Estragon attend Godot et n’arrive pas à remettre sa chaussure : toujours rires et larmes de voir nos vies en radiographie, en chambardement interminable.

Et tout reconnaître, tous se reconnaître, en commun, « comme un ». Les uns à côté des autres, juste le temps de la représentation.

Au cœur de ce projet, la fraternité entre théâtre et arts populaires

On parle parfois des formes mineures, primitives, voire « vulgaires » du théâtre : les satires d’Aristophane, les farces, les clowns, les forains, le cabaret, le théâtre de rue, le music hall, le café-concert, le vaudeville, la commedia dell’arte…

Ces formes sont en réalité au plus près de l’art nu de l’acteur, de son rapport direct au public, de sa force corrosive. Elles trouveront le même accueil que les formes majeures du « Grand Art Dramatique », qu’elles soient d’aujourd’hui ou d’hier. Nous les mêlerons pour faire naître des spectacles de toute nature sans préjuger des matériaux ou des styles.

Comme Dario Fo (pas encore Prix Nobel) en mettant en scène les farces de Molière à la Comédie-Française faisait redécouvrir à la vénérable Institution son origine même, nous avons sillonné les routes bourguignonnes avec des farces du Moyen Âge portées par des comédiens du Français et d’ailleurs.

Chaque mois, nous installons dans les cafés de Dijon le « Cabaret de l’Âne » accueillant pour des formes légères chanteurs, musiciens, marionnettes…

Travailler sur le mélange des genres – le mélange des gens

Nous nommons notre projet « Ensemble » parce que nous voulons une maison ouverte à des pratiques, à des esthétiques diverses, à un éclectisme mêlant formes savantes et populaires, théâtre pour tous et théâtre de laboratoire.

Nous sommes attachés à l’exploration des nouvelles formes de représentation, des passerelles entre disciplines, des expérimentations touchant à tout ce qui fait théâtre. Les écritures sont, et resteront, l’une des voies essentielles de la création théâtrale. En associant à notre projet des auteurs comme Bond, Crubézy, Grinberg, Jouanneau ou Péjaudier, nous voulons maintenir cette culture du texte.

Parce qu’aussi, copier, c’est créer : le théâtre est un artisanat et un artisanat se transmet du maître à l’apprenti. Nous voulons une maison ouverte à la transmission, au croisement des générations, un maison dédiée à la mémoire continuée. Au côté de jeunes artistes, parfois encore en formation, sont présents de « vieux maîtres » comme Jean Dautremay, Jacques Fornier, Gérard Guillaumat, Serge Merlin, Roger Mollien, Pierre Vial… Chacun d’eux porte tout le théâtre, tout du théâtre. Notre politique de formation en direction des professionnels et des amateurs est ambitieuse et intimement liée à la programmation. Il en est de même pour les projets pédagogiques qui s’inscrivent dans nos relations étroites et anciennes avec l’éducation nationale.

La création, fidélités et chemins de traverse

Irène Bonnaud, metteur en scène associée, crée ici chaque saison un spectacle nouveau : Music Hall 56 d’Osborne en 2007, Le Prince travesti de Marivaux en 2008 (créé dans un village et tourné en Bourgogne), La Charrue et les étoiles de O’Casey en 2009.

Nous voulons donner un nouvel élan au soutien à la production et à la diffusion du travail des compagnies régionales, Élisabeth Barbazin et le Collectif 7’, la Compagnie SF en résidence en 2008-2009, Idem Collectif, les 26 000 couverts, etc..

Une place de choix est également réservée à des artistes qui, tels Le Footsbarn, le Théâtre du Radeau, Matthias Langhoff ou Ilka Schönbein ont acquis par leur démarche une renommée internationale. Il permet aussi à des compagnies inconnues en France de faire connaître leur travail, comme par exemple le Collectif suisse de La Dernière Tangente.

Le festival Théâtre en Mai

Oui, le rendez-vous du festival créé il y a bientôt 20 ans sera une sorte de catalyseur poétique de l’esprit général gouvernant chaque saison. En 2008, l’Art du clown était au cœur du festival. En 2009, ce sera le politique, une grande scène questionnant « Comment va le monde ? »

Les tournées tréteaux

La tradition du théâtre en Bourgogne est de partir sur les routes. Deux ou trois fois par saison, nous le faisons avec des textes très vieux, des textes tous neufs, des formes savantes et populaires que nous jouons sur le parvis des églises, sur les places, dans les salles des fêtes, là où nous sommes invités.

Un théâtre en partage

Parce qu’il est un pôle majeur de la vie artistique et culturelle régionale, le TDB a des responsabilités particulières. L’outil artistique que l’on nous a confié doit irriguer le territoire, par des partenariats, des actions communes avec tous les acteurs et institutions qui s’y investissent : compagnies, festivals, théâtres, musées, écoles, centres sociaux, etc.

On connaît les aléas de la programmation, les caprices du calendrier et les à-coups des productions. Mais nous cherchons une vraie cohérence entre une création, un spectacle invité, un cabaret de l’Âne, une présentation de travaux d’élèves ou d’amateurs, un cycle de « disputes ».

Il s’agit de tisser des fils, de relier le débat public et la scène, de faire en sorte que le théâtre vive vraiment dans et pour la Cité.

Et pour finir, quelques mots-programme tirés d’une lettre de Brecht au Berliner :

Il faut qu’on sente que de nombreux artistes sont ici
à l’œuvre en tant que collectif (« Ensemble ») pour
présenter ensemble au public des histoires, des idées,
des tours de force.
Bon travail !