Le Conte d’hiver, extrait
Léontes, roi de Sicile, dans un élan aussi soudain que tyrannique, accuse sa femme Hermione, enceinte de neuf mois, de l’avoir trompé avec le roi de Bohême, Polixènes, son ami d’enfance. Mamilius, le fils de Léontes a entendu son propre père douter de sa paternité, insulter sa femme et l’accuser d’adultère, puis commanditer l’assassinat de son meilleur ami… Le seul recours qu’a cet enfant dans cette terrible histoire, c’est de nous faire entrer dans ce qu’il appelle « un conte triste pour l’hiver » dont il serait le dramaturge. Guidés par l’imaginaire de cet enfant, nous traversons les trois parties de la pièce, la tragédie, la comédie et le conte.
Adapté par Koltès, le texte de Shakespeare est ici raconté à travers le prisme des codes de la mafia sicilienne. Le spectacle a été créé dans le cadre d’un atelier-sortie d’école du Groupe 38 de l’école du TNS. Il a donné naissance à un collectif artistique rassemblant plusieurs disciplines, l’iMaGiNaRiuM.
Trois questions à Pauline Ringeade, metteur en scène
Pourquoi avoir choisi le Conte d’Hiver ?
Pauline Ringeade : Initialement, c’est l’adaptation que Koltès a faite de la pièce qui m’a intéressée. Après, il y avait une forme de continuité entre ce projet et ma précédente mise en scène, Hedda Gabler d’Henrik Ibsen. Car quoique les deux textes soient totalement différents, les personnages sont traversés de questionnements sur le monde dans lequel ils vivent, sur la nécessité et la difficulté à accorder leur confiance. Les deux pièces abordent la dimension imaginaire et la part de fantasme que chacun porte en lui-même. Le fait que chacun de nous réinvente, interprète le monde avec sa sensibilité et que notre imaginaire participe de la construction de notre rapport au monde sont des sujets qui m’intéressent.
Qu’est-ce qui vous touche dans l’adaptation de Koltès ?
P.R. : On dit souvent que la première version d’une pièce qu’on lit est celle « qui reste »... Après, il s’agit ici d’une parole très concrète, une matière à jouer contemporaine que les acteurs peuvent facilement incarner. Cette traduction est une vraie adaptation, car si Koltès respecte la structure, il fait des choix esthétiques sur la façon dont s’expriment les personnages. Il traite de rapports de pouvoir extrêmement violents et sa langue directe, franche, me semble plus compréhensible qu’une
traduction plus littéraire et poétique pour saisir la brutalité de la pièce.
Avez-vous réalisé un travail d’adaptation à partir du texte ?
P.R. : Il existe un débat autour de la pièce et portant sur le conte : soit nous rentrons dans le conte de Mamilius, soit il ne parvient jamais à le raconter... Après avoir travaillé à la table avec les comédiens, le choix le plus riche théâtralement nous a paru être le premier. L’entrée dans le conte a donc été l’axe de la dramaturgie du spectacle, amenant des décisions esthétiques, d’accessoires, de distribution. Tout un vocabulaire de narration, de fiction, s’est ainsi élaboré au fil de la pièce.
Propos recueillis par Caroline Châtelet

