Cette maison… était habitée autrefois. Pour moi, elle l’est toujours, mais ses occupants sont indistincts, des sortes de fantômes.
La réalité de la fiction
Pièce de mémoire
La pièce est construite comme une « pièce de mémoire ». Elle est autobiographique, comme toujours chez Tennessee Williams, mais plus autobiographique à mon sens que la plupart de ses autres pièces. Elle est écrite à la première personne par un personnage qui correspond à l’auteur et
qui raconte alternativement ses souvenirs et ce qui se passe dans la pièce. (...) Quand je pense au contexte [d’écriture de la pièce dans les années 1970, ndlr], je vois de grands artistes, Andy Warhol, John Cage, Burroughs… qui élargissaient formidablement les frontières de l’art tout en assumant leurs identités sexuelles, alors que Tennes see se tenait presque à l’écart de ce monde. Quand il est arrivé à New York, il s’est retrouvé dans le vieux monde du théâtre avec un T majuscule, celui du Broadway de la fin des années 1940 et des années 1950. Quand ce nouveau monde gay présent dans les arts plastiques, le cinéma et le théâtre a émergé dans les années 1960, il s’y est plongé socialement, tout en continuant à écrire selon les formes anciennes. Il a eu une dépression à la fin des années 1960 et, lorsqu’il a recommencé à écrire, il me semble qu’il n’a pas été capable de réconcilier ce nouveau milieu artistique et social avec ses muses du passé. Il
s’est mis à vivre une vie sur laquelle il n’écrivait pas vraiment. Je me demande souvent ce qui se serait passé si Tennessee Williams n’avait pas connu cette coupure en lui. Vieux Carré, qui semble comme expurgé, évoque soudain son homosexualité. Paradoxalement, cette pièce plus proche de sa vie est très terne, comparée aux excès de ses autres pièces qui regorgent de drames, de morts, de castrations... Il n’arrivait probablement pas à exprimer ce qu’il vivait. Et c’est ce qui m’intéresse, cette contradiction en lui avec sa vie à l’époque à New York.

