Œdipe double la mise
Emmenée par le metteur en scène Vlad Troïtskyi, les jeunes comédiens de l’École
du Théâtre Dakh proposent deux spectacles, l’un dialoguant avec la figure d’OEdipe,
tandis que l’autre part de Luigi Pirandello pour narrer une histoire aux influences
très ukrainiennes (page ci-contre). Mais même lorsqu’il s’attaque à un mythe
tel que celui d’OEdipe, le roi de Thèbes qui se creva les yeux après avoir découvert
qu’il avait tué son père et couché avec sa mère, le Théâtre Dakh le fait à sa façon.
L’équipe propose donc un spectacle en deux épisodes, la Maison des chiens étant écrit
et mis en scène par l’auteur ukrainien Klim et Œdipe reprenant dans une mise en scène
de Vlad Troïtskyi des scènes d’après OEdipe roi de Sophocle.
Fruit de la collaboration entre Vlad Troïtskyi et Klim, ce spectacle se décline
dans un diabolique dispositif où le public est d’abord disposé au dessus des acteurs
(la Maison des chiens), puis en dessous (OEdipe). C’est peu de dire que le regard habituel du spectateur est chaviré par cet univers scénique fait de fer et de fiel. Auteur de la Maison des chiens, Klim est à la fois poète, dramaturge, metteur en scène et excellent pédagogue. La Maison des chiens ne s’inspire pas ouvertement du mythe d’Œdipe mais dialogue avec lui, à travers un univers clos : celui de la prison, des camps et de la vie quotidienne des prisonniers. On passe de l’oppression dont ils sont le sujet à l’échappée que représente le langage. Présence obsédante, un homme isolé dans une cage en appelle à la mère patrie. Le second épisode est signé par Vlad Troïtskyi. Lui se nourrit d’OEdipe roi, la pièce de Sophocle, sans pour autant suivre à la lettre son déroulement. Au début, un garçon demande à sa mère : « Qu’est-ce que le destin ? Qui est OEdipe ? » Le spectacle, où le choeur joue un rôle central, va tenter de répondre à cette triple interrogation. Des chants ukrainiens s’invitent dans l’aventure de cette tragédie grecque qui nous
apparaît sous un regard contemporain aussi inédit que surprenant.
Jean-Pierre Thibaudat
De Passages à Théâtre en mai
Festival biennal installé à Metz, Passages se consacre au théâtre à l’Est de l’Europe.
Cette définition vaste, autorisant tous les détours géographiques et artistiques,
Passages la met en oeuvre dans un esprit de mutualisation. Ainsi, nombre de spectacles programmés continuent leurs pérégrinations en France et passent pour certains d’entre eux
par Théâtre en mai. Après le Théâtre Libre de Minsk et l’Opéra paysan du Hongrois Béla Pinter en 2009, deux équipes artistiques sont accueillies durant le festival. Les Lituaniens emmenés par Gintaras Varnas et le Théâtre Dakh et son metteur en scène Vlad Troïtskyi débarqués d’Ukraine.

