Hommage à Jacques Fornier

©  DR

 

 

Hommage à Jacques Fornier (1926-2020)

 

Jacques Fornier s’est éteint à Besançon le 14 novembre 2020. Acteur, metteur en scène et pédagogue, pionnier de la décentralisation théâtrale, Jacques Fornier a joué un rôle majeur dans le développement du théâtre en Bourgogne-Franche-Comté. Passeur infatigable et témoin vigilant, il est resté membre du conseil d’administration du Théâtre Dijon Bourgogne jusqu’à ses derniers jours. Sa présence lumineuse a éclairé pendant plus de soixante ans la vie théâtrale de notre région. Depuis 2002, la seconde salle du TDB, rue d’Ahuy, porte son nom.

 

L’aventure théâtrale de Jacques Fornier démarre à Pernand-Vergelesses en 1955. Accompagné de deux comédiennes – Claire Ifrane et Juliette Brac – et d’un comédien – François Chaudat, Jacques Fornier est généreusement accueilli dans la maison de Jacques Copeau par Catherine Dasté, la petite-fille du fondateur du Vieux-Colombier, et par son compagnon, le chanteur Graeme Allwright. La jeune troupe, bientôt rejointe par le comédien Roland Bertin, devait y passer quelques semaines. Elle y restera plus d’un an et demi.

 

Le premier spectacle de la compagnie est une « Conférence Molière » dont la création a lieu à Pernand-Vergelesses le 3 décembre 1955. Cette forme extrêmement légère (« un rideau noir, un fauteuil, une chaise »), inspirée de l’héritage de Copeau et de Vilar, est essentiellement conçue pour être présentée dans les établissements scolaires de Côte-d’Or. Le Théâtre de Bourgogne est né. 

 

En 1957, Jacques Fornier et son équipe s’installent à Beaune. En 1959, le Théâtre de Bourgogne obtient le label de troupe permanente. Son activité ne cesse de se développer : au début des années soixante, la troupe propose plus de deux cents représentations par an et sa notoriété dépasse rapidement les frontières de la région.

 

À cette époque Jacques Fornier mène de front son activité de metteur en scène (il monte Molière, Marivaux, Beaumarchais, Shakespeare mais aussi Synge et Pinget), de comédien et de formateur, en donnant de nombreux stages. Il invite aussi de jeunes metteurs en scène à venir travailler avec la troupe du Théâtre de Bourgogne. Jorge Lavelli, notamment, qui monte en 1965 Yvonne, princesse de Bourgogne de Gombrowicz, ainsi que Jean-Pierre Vincent et Jean Jourdheuil qui montent en 1968 la Noce chez les petits-bourgeois de Brecht. Ces spectacles marquent durablement l’histoire du théâtre en France. 

 

En 1971, au moment où le Théâtre de Bourgogne obtient le label de Centre dramatique national, Jacques Fornier succède à Hubert Gignoux à la tête du Théâtre national de Strasbourg. De son propre aveu, il n’est pas heureux au TNS : la lourdeur de l’institution, l’absence de troupe permanente sont très éloignées de son idéal théâtral. Il décide donc de quitter Strasbourg au bout de deux ans, pour prendre du recul.

 

Dans les années 70, Jacques Fornier voyage beaucoup, notamment en Inde. Il y rencontre les disciples du penseur et poète Sri Aurobindo, inventeur d’une nouvelle approche du yoga. La spiritualité orientale va désormais jouer un rôle central dans la vie et dans la pratique artistique de Jacques Fornier. À partir de 1977, il s’intéresse aussi aux travaux du physicien et biologiste Moshe Feldenkrais et à sa méthode de « prise de conscience par le mouvement ».

 

En 1979, Jacques Fornier s’installe à Besançon et participe aux côtés de Jacques Vingler à la création et au développement du Centre de rencontres. Son activité va dès lors s’orienter principalement vers la pédagogie et la formation. Il accompagne notamment les premiers pas professionnels de Jean-Luc Lagarce et du Théâtre de la Roulotte au début des années 80.

 

Jacques Fornier n’a jamais quitté les planches : dans les années 2000, il continue à jouer comme comédien avec Jacques Nichet, Sylvain Marmorat, Ezéchiel Garcia-Romeu. En 2007, il participe à la Confrérie des Farceurs réunie au Théâtre Dijon Bourgogne par François Chattot et Jean-Louis Hourdin.

 

Spectateur infatigable et perpétuellement curieux, on le croisait souvent au Parvis Saint-Jean. Son regard lumineux d’éternel jeune homme mêlait toujours l’exigence et la générosité.

 

Benoît Lambert et l’équipe du TDB