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La Nuit juste avant les forêts

Affiche spectacle : La Nuit juste avant les forêts
de Bernard-Marie Koltès
mise en scène Moni Grégo assistée de Claude Gaignaire
avec Yves Ferry


atheneum - vendredi 20 et samedi 21 mai
ven 20 à 22h et sam 21 à 15h30
durée 1h15

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La Nuit, c’est comme un solo de Charlie Parker : à la fois très construit, très savant, et tenant de l’oiseau, du mystère de chanter dans la nuit. Un blues qui ouvre tout et qui garde ses secrets.

Yves Ferry, propos recueillis par Cyril Desclés, Le Magazine Littéraire, février 2001


Écrit par Bernard-Marie Koltès pour l’acteur Yves Ferry, la Nuit juste avant les forêts met en scène un homme assis à une table de café, qui tente, par tous les mots dont il dispose, de retenir un inconnu qu’il a abordé dans la rue, un soir de profonde solitude. Il se raccroche à lui pour éviter de mourir à petit feu. Il lui parle de son univers. Une banlieue où il pleut, où l’on est étranger, où l’on ne travaille plus, un monde nocturne qu’il traverse, pour fuir, sans se retourner. Il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler, sauf à un inconnu comme celui-là.

La Nuit juste avant les forêts est probablement l’un des plus beaux textes sur la solitude du répertoire contemporain. On retrouve en effet ici toute la fulgurance, toute la force de l’écriture de Koltès qui, après quelques pièces sous influence, pose les fondements de son style littéraire, un style en équilibre constant entre l’oral et l’écrit, et reconnaissable dès les premières lignes. Montée pour la première fois en Avignon en 1977 avec le comédien Yves Ferry, la Nuit juste avant les forêts est considérée depuis, à juste titre, comme une œuvre majeure. C’est un soliloque intense, violent et poétique, dont chaque mot traduit l’urgence de vivre et la peur d’être seul.

 

Rencontre avec Yves Ferry

Pourquoi régulièrement reprendre ce texte ?
Yves Ferry : C’est comme un fil conducteur pour moi. J’ai eu la chance de rencontrer ce texte, qui est fondamental dans ma vie et qui fabrique, construit ma qualité d’acteur. C’est comme un repère, un dialogue que j’entretiens avec, tout le temps.

Est-ce que votre vision du texte évolue ?
Y.F. : C'est un travail que le temps fait sur moi et sur le texte. Au fil des ans, Moni et moi-même nous nous apercevons qu'il ne vieillit pas, qu'il se colore différemment en fonction de ce qui se passe dans le monde. Certains thèmes résonnent plus fort aujourd'hui qu'à la création, d'autres moins. Ce texte est d'une telle richesse, l'actualité lui donne un pouvoir fascinant. Concernant mon parcours d'acteur, une sorte d’alchimie se produit sur le plateau… Le texte agit sur moi, sur nous, dans un théâtre qui traverse des corps différents, transformés. Ce que nous mettons en jeu n’est pas seulement nos vies, mais le théâtre lui-même, dans notre désir de parole.

Moni Grégo dit qu’une énigme circule dans chaque texte de Koltès. Qu’en pensez-vous ?
Y.F. : Des énigmes, il y en a plein... Il n’y a pas un seul mot qui ne soit pas autobiographique chez Koltès. Mais il le fait avec un masque et parle sans arrêt du monde, d’un état de violence, de force, de la distribution du désir. Il parvient à évoquer d’autres choses que lui-même, mais il n’y a pas une seule phrase qui ne soit pas un secret. Lorsque je travaille sur ces textes, j’essaie d’approcher ces secrets... Ce sont des choses que je ne percevais pas initialement, le temps leur donne une résonance, un éclaircissement. En fait, un texte est joué pour être éclairci, s’ouvrir à des sens nouveaux. Jouer consiste à dénouer l’énigme, trouver du sens là où il n’y en a pas, en mettre un autre là où il en avait un... Essayer d’avancer dans ce qu’on ne connaît pas et qui va apparaître peu à peu. Je crois que c’est cela le travail d’un acteur, d’un metteur en scène, du théâtre...

propos recueillis par Caroline Châtelet

de Bernard-Marie Koltès
mise en scène Moni Grégo assistée de Claude Gaignaire

 

avec Yves Ferry

 

musique Jean-Marie Sénia et la voix de Lady Élise Roos, espace Camille Rochwerg, lumière Jean-Baptiste Herry et Farid Aberbour, dramaturgie Jean-Marie Pérez, régie Jean Ferry, costume Lolette, graphisme et communication Lalu création, administration et relations publiques Madeleine Comparot

 

en coréalisation avec le Théâtre de l’Espace Hérault - Paris, le Théâtre du Colibri - Avignon, le Théâtre Pierre Tabard - Montpellier.
La Cie Théâtrale de la Mer est conventionnée par le ministère de la Culture DRAC Languedoc-Roussillon, avec l’aide de la région Languedoc-Roussillon, du Conseil général de l’Hérault

 

Bernard-Marie Koltès (1948 - 1989)

Bernard-Marie Koltès est né dans une famille bourgeoise de Metz. Dès sa jeunesse il est ancré dans la révolte. Il rencontre Hubert Gignoux, alors directeur du Théâtre National de Strasbourg, qui lui propose d’intégrer l’école du TNS ; il y entre en section scénographie, puis y réalise une dizaine de mises en scène. Il commence alors à écrire pour le théâtre. En 1970, il monte sa propre troupe de théâtre, le « Théâtre du Quai » et écrit l’Héritage que Maria Casarès lit pour la radio. Entre un passage au Parti communiste français (1974-1978), de nombreux voyages en Amérique latine, en Afrique et à New York, Koltès crée de nombreuses pièces, comme le long monologue écrit pour Yves Ferry la Nuit juste avant les forêts. Son théâtre, en rupture avec la génération précédente du théâtre de l’absurde, est une recherche permanente sur la communication entre les hommes. Bernard-Marie Koltès, dont les textes sont traduits dans une trentaine de langues, est l’un des dramaturges français les plus joués dans le monde. Avec Retour au désert, il entre au répertoire de la Comédie-Française. Le théâtre de Koltès, fondé sur des problèmes réels, exprime la tragédie de l’être solitaire et de la mort. Comme les auteurs absurdes, il se sent exilé. Cependant, Koltès se fonde sur des racines classiques : Marivaux, Shakespeare dont il traduit le Conte d’hiver, que l’on retrouve dans Roberto Zucco. Il est influencé par Rimbaud et Claudel. Il retient de ce dernier l’idée de communion avec le spectateur lors du théâtre.

 

Moni Grégo

Elle débute professionnellement  dans les années 1970 au Théâtre National de Strasbourg, puis elle travaille avec de nombreuses personnalités du spectacle, au théâtre, à la télévision ou au cinéma, comme Bernard-Marie Koltès, Marguerite Duras, Yves Ferry… Avec des partenaires comme Maria Casares, Jacques Higelin, Michel Jonasz, Irène Jacob, Michel Boujenah, François Berléand, Jean-Pierre Darroussin… Elle a écrit et mis en scène une cinquantaine de textes, les siens et d'autres comme Marguerite Duras, Molière, Marivaux, Samuel Beckett, Brecht… Elle anime des ateliers d’écriture, théâtre, parole, lecture, vidéo  (foyers, rectorats, IUFM, écoles, conservatoires, maisons d'arrêt, lycées et collèges, hôpitaux psychiatriques, appartements, la rue, ou autres lieux d'accueil...).

 

Yves Ferry

Acteur et metteur en scène, formé à l’école du TNS, il a travaillé avec de nombreux metteurs en scène comme Hubert Gignoux, André Steiger, Denise Bonal, René Loyon, Jean-Pierre Vincent, Bernard-Marie Koltès, Jean-Paul Wenzel, Moni Grégo, Luc Sabot… Il participe à la plupart des projets de la Compagnie Théâtrale de la Mer. En 1977, Bernard-Marie Koltès écrit pour lui la Nuit juste avant les forêts avant de confier la première mise en scène à Moni Grégo. Il a mis en scène entre autre les Précieuses ridicules de Molière la Dispute de Marivaux, le Balcon de Jean Genet (Prix de mise en scène, de scénographie, meilleure actrice, meilleur acteur, au Festival International Universitaire d’Agadir – Maroc)… Depuis plusieurs années, il se consacre à l’enseignement et à la formation d’acteurs dans le cadre de stages, d’écoles comme celle du TNS, de la Comédie de Saint-Etienne ou de conservatoires (Bordeaux, Poitiers…). Il collabore avec l’Orchestre national de Montpellier et avec France Culture pour qui il a été régulièrement lecteur et qui a enregistré et diffusé trois de ses textes En finir, Entre Prévert et l’Alphabet et Lucien.

atheneum

vendredi 20 à 22h

et samedi 21 à 15h30


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Vu d'ailleurs

La Nuit juste avant les forêts nous transporte dans l’univers d’un étranger qui habite en France. On  voit toutes ses difficultés d’adaptation, son envie de compréhension par les gens qui l’entoure, la frénésie qui autour de lui le conduit à sa propre frénésie et qui s’exprime dans son langage, dans ses répétitions, qui nous montre le cercle vicieux qu’est sa vie. Orphelin de son pays et délaissé par
son pays d’adoption, il est rongé par la solitude qui le dévore à petit feu et par son monde composé de loubards qui cognent, de rues où l’on cherche des personnes, d’usines où les travailleurs ne pensent qu’à bouffer, de chambres pour passer la nuit et de prostitués. Koltès a réussi, de manière admirable, à faire de ce monologue de la poésie dépourvue de littérature, en empruntant à  l’étranger son vocabulaire désabusé.

Par Loubna Qaffou, élève en première littéraire à la Cité scolaire de Montchapet et Lycéenne reporter lors de Théâtre en Mai 2010