La violence du réel
Choix de théâtre
Monter Gênes 01, presque dix ans après les faits, c’est choisir de se placer dans un interstice, jonction mobile et fragile entre ce qui semble déjà être devenu de l’Histoire et ce qui reste de l’ordre du présent. Entre une forme de «concrétude», d’analyse mais aussi d’abstraction liée à l’Histoire, et ce texte à vif, né de la brûlante proximité entre faits et acte d’écriture. Au centre : la représentation. Dix ans après les faits, les mots sont les mêmes, la rage est la même, mais l’Histoire est passée. Quel temps nous sépare de cette histoire ? Dans Gênes 01, on parle. On pose des questions. On s’adresse à tous. Urgemment. Ce qui, au fond, n’est pas nouveau. Il semblerait même que ce soit à l’origine du théâtre. En choisissant ce texte, nous bvoulons faire le choix de la parole. Celui de l’énergie, mais nous pourrions appeler cela fougue ou urgence, peu importe. Préférer à la sur-interprétation rageuse, une parole forte de l’acteur vers le public. Tenter de s’approcher au maximum du dire. Toucher du mieux que nous le pourrons le présent des mots de Paravidino, leur résonance de maintenant. En travaillant ensemble, nous voulons que ce moment de théâtre soit une fête. Une fête où l’on se dira sûrement que le monde va mal. Une fête durant laquelle on parlera d’un jeune homme qui s’est fait buter en pleine rue, à Gênes, en 2001, pendant que les huit chefs d’État des plus grandes puissances mondiales posaient pour la photo. Mais ce ne sera pas une fête triste.
Julien Gosselin
A Gênes, en 2001, pendant le sommet du G8, Carlo Giuliani est abattu en pleine rue. Son assassin est un policier en service. Tous deux ont à peine plus de vingt ans. C’était il y a presque dix ans. J’avais alors quatorze ans. J’étais collégien. Un copain m’avait proposé d’aller manifester à Gênes. Ni lui ni moi n’y sommes finalement allés, nos parents respectifs ayant évidemment trouvé l’idée sinon incongrue, du moins dangereuse. Je ne me souviens pas avoir réentendu parler du G8 de Gênes pendant quelques années. Pas non plus de Carlo Giuliani. Étonnante lecture du texte de Paravidino que fut la mienne il y a trois ans. 2001, pour un jeune homme de vingt-deux ans, ce n’était pas hier. Loin de là.
Julien Gosselin, metteur en scène

