Marionnettes baroques
Du tragique au comique
Quand l'opéra se met en scène
Marionnettes baroques
Du tragique au comique
Quand l'opéra se met en scène
Claudio Monteverdi (1567 - 1643)
Gintaras Varnas (1961)
Parvis Saint-Jean
mardi 24 à 20h30,
mercredi 25 à 19h
et jeudi 26 à 19h
La Lituanie vient nous dépeindre en clair-obscur dans un décor évocateur du théâtre antique l’esthétique baroque italienne, dont Monteverdi fut le grand compositeur novateur dans l’art de représenter les affects.
Le choix de marionnettes plus hautes que l’homme, aux visages caricaturaux mais si expressifs, renforce la théâtralité et nous entraîne vers la commedia dell’arte, les tarentelles napolitaines, voire les processions siciliennes. Pour le Combat de Tancrède et Clorinde, quatre personnes manipulent chaque armure, créant ainsi un effet visuel d’une grande force poétique, puisqu’au moment du choc dans l’affrontement des deux combattants, les membres se disloquent, s’entrelacent, se confondent, pour donner naissance dans une grande confusion à un seul corps informe, comme une sorte de puzzle en désordre. Cette intense agitation visuelle et musicale nous transporte, à l’instar de tous les mythes et légendes, dans l’épaisseur de notre âme, entre guerre et amour, bien et mal, ombre et lumière... Dans le Bal des ingrates - qui tient de la fable moralisatrice -, l’idée du sort implacable est renforcée par la présence devinée des instrumentistes derrière les marionnettes. Ces ombres, telles des doubles, paraissent détenir ces liens invisibles qui donnent momentanément vie aux âmes des ingrates. Les masques presque grotesques de ces mégères inapprivoisées expriment leur caractère acariâtre, comme leur triste résignation. Alors, leurs mimiques affligées nous emplissent
de compassion pour ces belles dames qui ne voulurent point aimer ni être aimées. Dans un décor identique aux deux pièces, les personnages Testo puis Pluton demeurent ce même démiurge placé
au dessus d’une même citadelle, qui occupe toute la scène. Cette figure divine à la belle voix grave et profonde est bien le maître de nos destins, ce «fil» conducteur, qui tire les ficelles des spectateurs-marionnettes que nous sommes. Elle nous exhorte à accepter sans restriction l’amour, dans la franche loyauté et la pleine lumière !
Sylvie Bouissou, gérante de la Boutique Harmonia Mundi à Dijon
