« …T’ent ion les yeux ! V’ là la quermesse de Mén’ treux qu’ar rive, et l’comité des fêtes qui débarque ! ! ! Ca va viaûner dans l’pat’ lin… »
Fête foraine rêvée
Souvent, lorsqu’ils viennent au théâtre les gens repartent dès la représentation terminée, pressés qu’ils sont par de multiples raisons. Pas de ça à la Quermesse de Ménetreux, fête foraine rêvée que chacun est invité à parcourir à son propre rythme...
Un "e", un "k" et tout bascule...
La Quermesse de Ménetreux, c’est d’abord une sublime fête de village. Bricolée par la compagnie oPuS et allumée par l’équipe de Carabosse – collectif dont les installations jouent avec le feu, l’air et la ferraille –, cette foire avec ses stands, ses jeux très spéciaux, ses figures hautes en couleur et son atmosphère unique arrive tout droit de Ménetreux-le-Pitois. Non pas Ménétreux avec deux « é », mais Ménetreux avec un « é » et un « e ». Une différence de taille, puisque si Ménétreux-le-Pitois est situé entre Les Laumes, Montbard et Éringes, l’emplacement géographique de Ménetreux est, lui, un peu plus flou. Pour autant et au vu des références très locales employées par ses habitants, le village se trouverait en Côte-d’Or, au coeur de la Bourgogne. C’est donc de ce lieu improbable que nous vient pour deux jours – deux seulement, autant dire qu’il n’y aura pas de séances de rattrapage pour les retardataires – la fameuse Quermesse. Avec un « Q » et non pas avec un « k » comme kermesse. Un « é » devenu « e », un « k » transformé en « q » : on saisit à ces deux détails grammaticaux que plutôt que d’imiter le réel, la compagnie oPuS le réinvestit. Et que pour ce faire elle se l’approprie, le pousse dans ses propres retranchements pour, au final, inventer un monde en soi.
Réenchanter le réel
Proposée dans le cadre du jumelage avec Dijon, la Quermesse est animée par le Comité des Fêtes de Ménetreux. C’est son président qui accueille le public sur le site, l’encourageant à flâner, à passer d’un stand à l’autre pour y découvrir les nombreux jeux d’adresse, de lancer, de pari, de force. Mais attention, n’allez pas vous méprendre sur l’affaire : à la Quermesse de Ménetreux, nous ne sommes pas au théâtre. Il ne s’agit donc pas d’un spectacle à la durée chronométrée où le spectateur aurait toujours quelque chose à voir et où les gags et bons mots se succéderaient immanquablement d’une représentation à l’autre. Le cadre existe, certes, mais il est ici défini par le déroulé des différents stands, chacun étant animé par son inventeur. Et tandis que les plus aventureux tenteront leur chance à l’un des jeux, d’autres préféreront tester la piquette à la buvette. Dans ce dispositif propice à la découverte, le public glisse lentement du statut de spectateur à celui de participant. Oubliant la totale absurdité du défi d’adresse auquel il se livre pour se concentrer sur le vif plaisir éprouvé. Et c’est dans cette atmosphère au burlesque très sérieux que petit à petit les dialogues se nouent, les challenges se lancent, tout le monde se prenant au jeu de cette Quermesse fabuleuse. Car plus qu’une fête foraine lambda, autre que du théâtre, cette Quermesse de Ménetreux porte en elle quelque chose... Autre chose... Comme une sorte de rapport à la réalité différent, renouvelé. Pour autant, l’équipe d’oPuS part bien du réel. La preuve en est ce Comité des fêtes, dont les membres semblent être une déformation du comédien qui les incarnent, comme si chacun avait construit son personnage en forçant ses manies et petits traits caractéristiques. Cet effet de « plausible » permet de relier l’ensemble et aussi folles soient les attractions, aussi typés soient leurs animateurs, « on y croit ». Difficile alors de ne pas se laisser prendre au jeu de cette Quermesse, pour découvrir l’univers et la personnalité se cachant derrière chaque stand minutieusement construit.
Caroline Châtelet

