Portée par un désir commun de raconter, la compagnie Moebius
égrène à sa façon la tragédie de la famille des Atrides.
Sur un plateau nu, le spectacle plonge dans
le « chaos de cet héritage » familial, en convoquant les poètes,
Eschyle, Euripide, Sénèque, Hugo von Hofmannsthal et Heiner Müller.
Une fresque vertigineuse
Dynastie maudite de la mythologie gréco-romaine, les Atrides sont les descendants d'Atrée,
fils de Pélops. Le bannissement d'Atrée et de son frère jumeau Thyeste pour avoir tué
leur jeune frère ouvre le bal d'une longue succession de parricides, fratricides, incestes
et autres horreurs. Dans cette famille aux noms évocateurs
- Agamemnon, Électre, Iphigénie –
les meurtres et vengeances s'enchaînent dans une grande fresque brassant folies,
voyages – l'Odyssée –, rois déchus, enfants bannis et adultères. Un ample mouvement
de destins tumultueux que Moebius met en scène simplement, directement.
Préférant aux habituels focus sur un personnage une narration au long cours,
la compagnie raconte le destin familial dans un espace ouvert à tous vents, et le public
entoure les comédiens qui pénètrent dans cette arène, pour tuer, ou bien mourir...
« La tragédie est ailleurs »
Ni drame, ni fait divers, ni phénomène social, ni saga sentimentale ou historique,
ni réservoir à concepts psychanalytiques : la tragédie est ailleurs.
Et si elle a lieu aujourd'hui, c'est sur d'autres rives que les nôtres.
Ce moment tragique où le choix est impossible, l'action inéluctable,
le déchirement total jusqu'à l'horreur, et ce au nom de valeurs indépassables,
est incompréhensible pour nous. Incompréhensibles pour notre génération les mots de patrie, religion, honneur, vengeance, peut-être même ceux de mémoire, amour, meurtre.
Et pourtant cette histoire nous parle, à tel point que nous avons le sentiment que faire
du théâtre aujourd'hui passe par sa convocation. Une histoire sans résolution ni morale,
une histoire en suspens qu'il appartient au spectateur de penser,
qu'il appartient à notre monde de laisser, encore et toujours, résonner au présent.
Compagnie Moebius

