L’Espagne franquiste, un jour de 1967...
Rosaura se réveille dans des mondes qu’elle ne reconnaît pas :
d’abord riche héritière, elle se retrouve prostituée, puis enfin mère de famille
dans un milieu de classe moyenne. Elle croit à chaque fois pouvoir
échapper à ces situations par la rencontre de révolutionnaires,
mais ces trois amours se révèlent incestueux.
Son parcours initiatique s'avère être orchestré par Basilio,
figure représentant le pouvoir et ses multiples formes d'existence.
Père, monarque absolu, puis mari petit-bourgeois,
Basilio fait en sorte que toutes ces traversées ne soient
pour Rosaura « qu’un rêve, rien d’autre qu’un rêve »...
Une réflexion sur le pouvoir
Auteur et poète dramatique espagnol du XVIIe siècle, Pedro Calderón de la Barca
développe dans sa pièce la Vie est un songe une réflexion sur l'illusion et la réalité,
le jeu et le songe. Comme le précise la metteur en scène Clara Chabalier,
« si Pasolini emprunte à Calderón de la Barca les personnages de la Vie est un songe
– Rosaura, Sigismond, Basilio -, c’est moins pour rendre hommage
au dramaturge espagnol que pour établir une résonance historique entre
l’Espagne du Siècle d’Or, l’Espagne de Franco et l’Italie contemporaine.
Le langage poétique devient instrument de mesure du monde,
et les réveils successifs de Rosaura la projection, dans un temps mesuré,
de la réplique centrale de la Vie est un songe :
''Eh bien, avant que tu ne voies cela, tu t’en retourneras dormir
en un lieu où tu puisses croire que tout ce qui t’es arrivé,
parce que c’était le bien du monde, n’a été qu’un songe''.
En remettant en cause la ''foi dans le caractère absolu des valeurs formelles'',
Pasolini réinvestit l’interrogation métaphysique de Calderón
d’une manière actuelle et politique... »


