Théâtre en Mai > Edito

Récits / Racines (épisode 2)

Mon métier consiste à raconter des histoires aux autres.

Il faut que je les raconte.

Je ne peux pas ne pas les raconter.

Giorgio Strehler

 

funambule

 

 

Que peut le théâtre face aux crises dans lesquelles le monde se débat ?
Que pèse un poète face à une planète qui craque de partout ?
Que vaut le funambule qui avance téméraire (inconscient ?) sur le fil de son récit,
cherchant l’équilibre entre le rire et les larmes, entre le savant et le populaire… ?


Ce deuxième épisode du cycle Récits / racines entamé en 2010 vient nourrir ces questions,
et égrène des éléments de réponse. Oui, nous sommes là pour raconter des histoires,
histoires d’humains et de dieux, d’ici et d’ailleurs, de luttes et d’amours. Oui, nous sommes là
pour sans relâche explorer et faire (re)découvrir les grands textes, les mythologies, les auteurs.
0ui, nous sommes là pour inventer des formes nouvelles et en même temps pour faire vivre
et transmettre celles qui nous viennent du passé proche ou lointain. Nous sommes là
pour sillonner les routes de Bourgogne avec des spectacles dont nous sommes fiers,
et pour accueillir à Dijon les théâtres du monde. Pour mélanger les genres, les gens,
les générations ; pour organiser la rencontre et assurer le passage de relais entre
« vieilles » branches et « jeunes » pousses. Là pour rassembler, autour de ces récits
et des artisans qui les fabriquent, la communauté à laquelle elle s’adresse : nous, vous, le public
(c’est pour cela que Jean Vilar disait du théâtre qu’il est un service public comme le gaz ou l’électricité).
Ça peut sembler dévalorisant d’assimiler un art à un service : l’art ne sert rien ni personne, dira-t-on ;
mais ça peut tout aussi bien sembler présomptueux d’ériger au rang de service public un simple
divertissement. Pas si on y voit une modeste mais vitale entreprise de transformation :
« Congédier les fantasmes du verbe fait chair et du spectateur rendu actif, savoir
que les mots sont seulement des mots et les spectacles seulement des spectacles
peut nous aider à mieux comprendre comment les mots et les images, les histoires
et les performances peuvent changer quelque chose au monde où nous vivons»
écrit le philosophe Jacques Rancière dans le Spectateur émancipé.

 

François Chattot